L'ANCIEN REGIME POLITIQUE EN FRANCE

LA MONARCHIE ABSOLUE

ET LA CRISE DE L'ANCIEN REGIME

Définition

L'absolutisme est un système de gouvernement où le souverain (roi ou empereur) a un pouvoir sans partage ni contrôle, sauf celui de Dieu.

Mis en place à partir du Moyen-Age, l'absolutisme repose sur le fait que le roi acquiert de plus en plus de pouvoir. Ce pouvoir repose sur :

- la continuité dynastique (Capétiens, Valois, Bourbons)

- un fondement féodal (le roi est le suzerain suprême)

- un fondement religieux (le roi est sacré à Reims, il doit imiter Dieu dans son gouvernement, la monarchie est de droit divin).

A cet héritage du Moyen-Age, il faut ajouter l'héritage de la Renaissance qui redécouvre le droit romain et la notion d'Etat souverain (le roi devient chef d'Etat).

Enfin les guerres quasi permanentes sous l'Ancien Régime contribuent à renforcer l'autorité royale (nécessité de moyens financiers d'où fiscalité permanente et sans cesse alourdie).

La construction de l'absolutisme s'est réalisée en trois grandes étapes :

1 - Le règne de François Ier (1515-1547)

Les guerres contre Charles Quint ont entrainé un alourdissement de l'impôt (taille et gabelle), des difficultés financières qui ont été partiellement comblées par la vente d'offices de justice et de finance, et une accentuation du rôle dirigeant du Conseil du roi.

2 - La régence de Marie de Médicis à la mort d'Henri IV (1610)

La régence d'Anne d'Autriche à la mort de Louis XIII (1643)

Le rôle joué par Richelieu (1624-1642) et Mazarin (1643-1661)

Ces différentes périodes se sont accompagnées du développement d'organes spécifiques comme les divers conseils de gouvernement, la mise en place des intendants en province et la répression de toute opposition.

3 - Le règne de Louis XIV de 1661 jusqu'à sa mort en 1715

C'est sous le règne personnel de Louis XIV, à partir de 1661, que triomphe l'absolutisme. Louis XIV assume seul les charges et les responsabilités du pouvoir bien qu'il soit entouré de conseillers et de ministres.

I. LA MONARCHIE ABSOLUE ET SES LIMITES

A/ Les institutions du royaume

1) Le pouvoir absolu du Roi

Le roi assure lui même la direction des affaires du royaume dans tous les domaines (politique, économique, social et militaire). Il dit la loi par décrets ou ordonnances. Il rend la justice, gouvernne et administre le royaume assisté par ses conseillers de gouvernements, de ses ministres et de ses intendants répartis dans tout le royaume. Tous ces assistants , aides et conseillers ne sont en fait que les grands serviteurs du roi qu'il nomme ou révoque à sa guise.

2) Les autres institutions

La volonté du roi s'exerce à travers des institutions qui représentent l'Etat :

- Le Conseil d'En-haut ne peut se réunir qu'en présence du roi. Ses membres (4 à 7) ont titre de "ministre". C'est lui qui décide les grands aspects de la politique du royaume.

- Le Conseil Royal des Finances est dirigé par le Contrôleur Général des Finances (Colbert par exemple), il gère les finances du royaume et est aidé en cela par les Intendants des finances.

- Le Conseil d'Etat ou des Parties rend la justice entre les particuliers ou les administrations.

- Le Conseil des Dépêches s'occupe de la correspondance avec les intendants en province.

Le royaume est divisé en 18 généralités qui ont à leur tête des intendants de justice, police et finance. Ils sont nommés par lettre de commission royale. Ce sont des administrateurs royaux dotés de très larges pouvoirs : gestion fiscale, maintien de l'ordre puis pouvoir économique et social.

B/ Les manisfestations de l'absolutisme

Louis XIV soumet toute la société. La haute noblesse est obligée de résider à Versailles ou de s'engager dans l'armée. Les organes de contestation sont réduits au silence. Les Etats provinciaux, les Parlements (cour de justice) sont obligés d'enregistrer les décisions royales avant de les critiquer. Les Etats Généraux n'ont jamais été convoqués entre 1614 et 1789. Le peuple des villes est l'objet d'une étroite surveillance policière sous la haute autorité du Lieutenant Général de Police. Enfin, le roi peut faire emprisonner n'importe lequel de ses sujets sur simple lettre de cachet.

Roi très chrètien, Louis XIV a voulu rétablir l'unité religieuse du Royaume. Ainsi, en 1685, il révoque l'Edit de Nantes et persécute de nouveau les non-catholiques (protestants, juifs, jansénistes...). Il nomme les évêques assisté de son Conseil de Conscience.

L'absolutisme culturel se manifeste par les académies royales (musique, sculpture, peinture, théatre...). Aucun art ne peut s'exprimer sans la bienveillance des princes. Ainsi, nait ce que l'on appelle l'art officiel. A la fin du régne existe une véritable police de l'édition qui empêche la diffusion des ouvrages indésirables.

C/ Les limites de l'absolutisme

L'absolutisme n'est pas une tyrannie car le roi doit rendre des comptes à Dieu. De plus le royaume est très hétérogène sur le plan économique, social et culturel (droits coutumiers, vivacité des particularismes régionaux).

Pourtant les excès de ce régime suscite la montée d'oppositions diverses :

- la haute noblesse "prisonnière" de la cour préconise le retour d'un régime aristocratique.

- les protestants dénonce le despotisme du Roi (Révolte des Camisards 1702-1705). Echec de la réunification.

- les philosophes avancent de nouvelles idées.

II. LES IDEES NOUVELLES AU XVIIIšs.

A la suite de la révolution scientifique et technique du XVIIIšs., deux philosophes d'Alembert et Diderot décide, en 1751, de consigner tous les savoirs dans "dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers". C'est l'Encyclopédie, éloge du savoir. Elle est à la fois une histoire des connaissances et un état des connaissances au milieu du XVIIIšs. D'Alembert et Diderot s'entourent de plus de 250 collaborateurs et attirent 3500 souscripteurs.

A/ La philosophie des Lumières

1) Raison, Nature, Progrès

La source de cette philosophie se trouve chez Descartes et chez l'anglais Locke. Les philosophes du XVIIIšs. ont une foi absolue dans la raison (l'intelligence humaine). La nature est source infinie de justice et de bonté. Ils croient au progrès indéfini de l'humanité vers le bonheur.

Cette notion de bonheur attire la bourgeoisie. La mort comme la vie est considérée naturelle ce qui entraine un conflit avec l'église.

2) Une philosophie engagée pour son temps

Dans le domaine économique :

Les idées nouvelles viennent des physiocrates (voir châpitre I).

Dans le domaine religieux :

Les philosophes se proclament déistes mais rejettent toute révélation. Diderot va jusqu'à l'athéisme. Tous condamnent l'intolérance de l'Eglise (Voltaire surtout). La morale doit être naturelle et fondée sur le souci d'aider autrui et non sur la crainte du péché.

Dans le domaine politique :

Tous rejettent l'absolutisme.

- Montesquieu, dans l'"Esprit des Lois" et les "Lettres Persannes", préconise une monarchie constitutionnelle.

- Voltaire apparait favorable à un despotisme éclairé de type prussien ou autrichien.

- Rousseau, dans "Emile ou Du Contrat Social" en 1762, émet le projet d'un état démocratique où tous les citoyens seraient égaux.

La critique religieuse et politique, qui va dans le sens des souhaits de la bourgeoisie, devient très vite un levier révolutionnaire.

Il est évident que si la philosophie des lumières ne suffit pas à expliquer la Révolution de 1789, c'est elle qui en inspire les grands principes : libertés individuelles, droits de l'Homme, souveraineté nationale, égalité, progrès...

La mise en place d'une monarchie parlementaire en 1688 en Angleterre et la Déclaration d'Indépendance des Etats-Unis d'Amérique en 1776, peuvent être considérées aussi comme des signes précurseurs de la Révolution Française.

B/ La volonté de réforme

Sous l'impulsion de la philosophie des Lumières, surgit, dans la seconde moitié du XVIIšs, une volonté de réforme.

1) La volonté de réforme politique

Grâce à la multiplication des livres, des journaux et des affiches, les idées nouvelles se répandent.

La noblesse qui n'entend pas renoncer à ses privilèges, espère contraindre le roi à partager le pouvoir avec elle.(cf. Montesquieu : De l'Esprit des Lois)

La bourgeoisie est sensible aux idées de Voltaire, grand défenseur des libertés politiques et individuelles et adversaire de l'aristocartie et d'une éventuelle "souveraineté du peuple".

Aristocrates et bourgeois s'accordent pour dénoncer l'absolutisme, pour nier tout droit au peuple et pour réclamer unne monarchie parlementaire sur le style anglais. Mais la fusion des deux groupes est impossible. La bourgeoisie constitue une force révolutionnaire.

Les classes populaires des villes et des campagnes ne sont pas trop touchées par les idées nouvelles mais tous aspirent à plus d'égalité. C'est J.J. Rousseau, issu lui-même du peuple, qui défend les intérêts des déshérités. Il n'hésite pas à parler de souveraineté du peuple, de démocratie et va même jusqu'à mettre en cause la propriété.

2) La volonté de réforme économique

La Monarchie française connait de grosses difficultés financières (inflation et augmentation des dépenses : frais de cour et grands travaux, routes, urbanisme...).

Il faut donc trouver de l'argent. D'où l'idée d'augmenter le nombre des contribuables. Les privilégiés sont-ils prêts à accepter de sauver les finances du royaume ?

La volonté de réforme dresse l'ensemble de la société contre la monarchie. Elle oppose les privilégiés attachés à leurs avantages fiscaux au Roi et au Tiers Etat qui est partisan de l'égalité devant l'impôt.

III. LA CRISE DE L'ANCIEN REGIME ET LA CONVOCATION DES

ETATS-GENERAUX

L'opposition de la bourgeoisie et les difficultés économiques précipitent la crise de la monarchie.

A/ La crise de la monarchie absolue

1) La bourgeoisie remet en cause l'absolutisme

Après la mort de Louis XIV en 1715, les difficultés s'aggravent. La bourgeoisie exige de participer au pouvoir pour le rôle actif qu'elle joue dans la société.

2) La crise économique

Le royaume s'est engagé auprès des E.U. contre les anglais (1778) dans la guerre d'indépendance. Les dépenses militaires s'alourdissent d'autant plus que sévit une crise économique.

De 1776 à 1787, les prix agricoles ne cessent de baisser entrainant la ruine des campagnes. 1788 et 1789 enregistrent deux mauvaises récoltes. Le prix du pain augmente. Durant l'hiver 88/89, la misère se développe. Le chômage et les faillites se multiplient.

La concurrence de l'Angleterre (plus développée) entraine des difficultés pour les manufactures, le commerce et l'artisanat.

Le système financier craque. Les impôts rentrent mal. Les fermiers généraux détournent une partie importante des recettes.

Le manque d'énergie des souverains (Louis XVI surtout) et l'opposition des privilégiés bloquent toute tentative de réforme.

B/ Les tentatives de réformes et leur échec

1) L'échec des réformes judiciaires

Les parlements composés de nobles, grands propriétaires fonciers constituent la principale opposition à l'absolutisme.

En février 1771, Louis XV supprime les parlements. Mais à sa mort en 1774, Louis XVI, roi faible s'il en est, les rétablit pour calmer les mécontentements.

Les Parlements et les Etats Provinciaux organisent la résistance contre les réformes.

2) L'impossible réforme fiscale

C'est la principale revendication des paysans.

Avec la baisse des rentes royales, les nobles augmentent les redevances seigneuriales.

Turgot et Calonne, deux contrôleurs des finances, tentent des réformes, mais ils sont renvoyés.

L'opposition des privilégiés aboutit au déclenchement de la révolution aristocratique.

C/ La révolution aristocratique

1) La réaction nobiliaire

En février 1787, la Monarchie convoque une assemblée de notables afin de leur faire approuver des réformes fiscales. Cette convocation doit être interprétée comme une capitulation de la monarchie qui ne sait pas imposer sa volonté.

L'opposition des notables est relayée par celle des Parlements. Celui de Paris réclame la convation des Etats Généraux. Mais il échoue (aôut 1787).

Mai 1788, le Parlement de Paris par la Déclaration des Lois Fondamentales du Royaume rapelle que l'impôt ne peut être voté que par les Etats Généraux et que les privilèges sont inviolables. Le roi suprime de nouveau les parlements déclenchant ainsi la révolution aristocratique.

2) La Révolution aristocratique et la convocation des Etats Généraux

Contre le supression des Parlements, se développe la résistance en province par l'intermédiaire des Etats Provinciaux où l'aristocratie entraine dans son sillage la noblesse libérale et la grande bourgeoisie.

Son objectif : empêcher l'installation de nouveaux tribunaux, faire la grève de la justice, provoquer des troubles, demander la convocation des Etats Généraux.

A partir de juin 1788, les manifestations se multiplient, tournant parfois à l'insurrection (Toulouse, Pau, Grenoble).

Le trésor royal est vide. L'armée est peu sûre car aux mains de nobles la plupart hostiles. La monarchie capitule et convoque les Etats Généraux pour le 1er mai 1789 et la tentative de réforme qui avait provoqué la révolte est abolie et les parlements rétablis.

La campagne électorale est lancée. Sur appel du roi, chaque ordre doit rédiger des cahiers de doléances qui seront amenés aux Etats Généraux par les députés élus.

40 000 cahiers sont rédigés.

Pour la première fois au monde, tout un peuple prend la parole.