La façade atlantique des Etats-Unis
(et non en Amérique du Nord qui est au programme des ES/L)
Une façade est un espace littoral,
interface entre un arrière-pays continental et un avant-pays océanique,
auxquels il est relié par des réseaux de communication denses et variés. C’est
à la fois un espace d’échanges et de production dont les activités ont pu
entraîner un phénomène de littoralisation (concentration démographique,
portuaire et urbaine). De telles façades
sont peu nombreuses dans le monde et elles jouent un rôle majeur dans la
mondialisation des échanges.
Point
de départ de la conquête des Etats-Unis et de la révolution industrielle, la
façade atlantique des Etats-Unis qui s’étend de la frontière canadienne à la
frontière mexicaine reste, malgré un déplacement des activités vers le
Pacifique et la Sun un espace majeur de l'économie mondiale, intégré dans
l'ALENA.
Problématique
1 : En quoi cette façade mise depuis longtemps en valeur,
témoigne-t-elle du renforcement des activités littorales, de l'ouverture de
frontières, du poids croissant des métropoles ? En quoi est-elle un reflet de
la mondialisation des échanges ?
Problématique
2 : En quoi participe-t-elle à
la puissance des Etats-Unis ?
Problématique
3 : En
quoi le
littoral Atlantique des Etats-Unis répond-il à la définition proposée d’une
façade maritime ou, en d’autres termes, qu’est-ce qui fait l’unité de cet
espace ? Qu’est-ce qui en fait sa diversité ? Quelle est
l’organisation de ce territoire ? Son unité est sans nul doute à
rechercher dans le fait que cet espace est l’une des façades maritimes majeures
de l’espace mondial dont l’importance est héritée de l’histoire et des liens
traditionnels avec l’Europe. Sa diversité réside peut-être dans le fait qu’on
peut individualiser des sous-ensembles au dynamisme et au rayonnement mondial
différent.
Plan
pour la problématique 3
1.
Une des plus grandes façades maritimes du monde… (décrire)
2…
qui exploite de nombreux atouts… (expliquer)
3. … et qui est organiser de manière spécifique (différencier les espaces)
I.A. une façade ouverte sur l’océan, haut lieu du commerce maritime mondial
.
95% d’exportations américaines se
font par voie maritime (vracs secs, produits pétroliers, conteneurs) et
l’essentiel de ce trafic maritime se fait sur la façade atlantique. L’essentiel
de ce trafic est destiné à l’international : 64% pour New-York, 70% pour
la Nouvelle-Orléans. (mais cela veut dire aussi qu’il existe un cabotage
important, notamment dans le nord-est.
.
une concentration de très grands ports dominée par New-York et Philadelphie au Nord, et les ports pétroliers
du sud au trafic 10 fois plus importants. Parmi les cent premiers ports
conteneurs mondiaux, 18 sont américains et 12 sont sur la façade atlantique.
.
les ports atlantiques sont les débouchés des réseaux ferroviaires et
autoroutiers transcontinentaux et
réalisent les 2/3 du commerce maritime du continent : hydrocarbures et
céréales dans les ports du golfe : trafic divers et conteneurs sur la côte
atlantiques; céréales, minerai de fer et charbon sur les Grands Lacs et la
Seaway (grande voie maritime du
Saint-Laurent jusqu’aux grands Lacs aménagés par des écluses).
.
Cette façade est donc une interface avec l’Europe puisque 80% du commerce avec l’Europe passe par les
ports de cette façade qui sert aussi de « pont transcontinental » pour les conteneurs venus d’Asie.
.
La Mégalopolis (géographe Jean
Gottmann) est un chapelet sur 1.000 km de villes moyennes et de mégacités
essentiellement côtières, localisées dans les sites de fond d’estuaire à
l’interface de la vie portuaire et des relations vers l’intérieur. Elle
concentre 45 millions d’habitants (16%), 4 énormes aires métropolitaines (New-York, Philadelphie, Baltimore, Washington). 7
villes millionnaires,
C’est
la première région d’immigration des Etats-Unis devant la Californie.
New-York premier hub aéroportuaire de la planète. De plus, 5 des 10 premiers aéroports mondiaux pour le nombre de
passagers sont situés sur la façade Atlantique de l’Amérique du Nord ou dans
son hinterland.
|
Rang mondial |
Aéroports |
Passagers (en millions) en 2002 |
| 1 |
Londres |
110,6 |
| 2 |
Tokyo |
90,2 |
| 3 |
Chicago |
83,6 |
| 4 |
New York |
81,1 |
| 5 |
Atlanta |
76,9 |
| 6 |
Paris |
71,5 |
| 7 |
Los Angeles |
62,7 |
| 8 |
Dallas |
58,5 |
| 9 |
Francfort |
49,5 |
| 10 |
Houston |
42 |
Sa
situation littorale et sa proximité avec la région des Grands Lacs dotent la façade
d’un double front d’eau, intérieur et
extérieur, ce qui contribue à renforcer son ouverture mondiale.
. A
elles-deux, New-York et Washington commandent le monde et sont à la tête de la hiérarchie des centres
d’impulsion de la puissance mondiale (triade): sièges des organismes
internationaux (ONU, banque mondiale, concentration des sièges des grandes
firmes américaines et mondiales, centre financier et boursier, centre culturel
du pays (50% de l’édition, universités prestigieuses comme Harvard ou MIT,
technopôles comme la route 128 ou la Route 495 de Boston).
. des bastions industriels (Manufacturing belt), des pôles touristiques majeurs (Floride). La Mégalopolis produit 1/5 des richesses du pays. Elle est un des noyaux de la Manufacturing belt, associant secteurs traditionnels (aciéries, chimie,…) et haute technologie (informatique, biotechnologies, …).
Depuis la seconde guerre mondiale, on observe un
rééquilibrage progressif vers la façade pacifique. Le déclin relatif de la
façade Atlantique s’explique par le développement de la façade Pacifique de l’Amérique
du Nord (et non par un recul de la façade Atlantique). Les principaux ports
états-Uniens sont désormais sur la côte californienne.
Le développement de la façade Pacifique
de l’Amérique du Nord est à mettre en relation avec la croissance du commerce
avec la façade Pacifique de l’Asie. Celle-ci n’est d’ailleurs pas terminé
puisque les Etats-Unis ambitionnent de créer un immense espace de libre-échange
entre le continent américain, la façade Pacifique de l’Asie (Japon, Chine,
Taiwan, Corée du sud), l’Australie, la Nouvelle-Zélande et la
Papouasie-Nouvelle-Guinée. A cet effet, l’A.P.E.C. (ou C.E.A.P. en
français : Coopération économique Asie-Pacifique) a été créée en 1989 pour
discuter de sa mise en place (les discussions butent encore actuellement sur des
points sur lesquels il serait trop long de s’étendre ici).
Il faut ajouter en outre pour expliquer
le développement initial de la côte Pacifique états-unienne qu’elle est une
conséquente directe de la Seconde Guerre mondiale. La guerre menée contre le Japon
dans le Pacifique a en effet obligé le gouvernement américain de l’époque à
investir massivement sur cette façade afin de fournir aux troupes engagées le
matériel et les vivres dont elles avaient besoin. Au retour de la paix, les
activités ainsi créés ont constitué des pôles autour desquels se sont
développés d’autres activités.
Le Nord-est a également
été frappé de plein fouet par le ralentissement de la croissance, la crise
pétrolière des années 74 et la montée en puissance des NPI. La crise des années 70 avait fait perdre 1,3 millions
d’emplois à cet espace.
Il reste à bien avoir à l’esprit que,
malgré ce déclin relatif, la façade Atlantique reste la façade majeure de
l’Amérique du Nord. Ainsi la seule mégalopolis contribue encore
pour 1/5 ème à la richesse des Etats-Unis. De plus, la façade a su évoluer de
façon à rester dynamique : on assiste au développement de pôles de haute
technologie (Route 128 à Boston) mais également à la littoralisation des
activités : sidérurgie sur l’eau (Baltimore avec le fer du Brésil), chimie
sur l’eau à New-York et Philadelphie (avec du pétrole vénézuelien)
Conclusion d’étape : La façade Atlantique des
Etats-Unis est indéniablement l’une des façades maritimes majeures de l’espace
mondial et de l’Amérique du nord. Elle compte en son sein, des pôles
d’importance mondiale comme New York ou Washington. De plus elle est traversée
par des flux importants et variés. Il reste que son importance relative tend à
décroître à cause du développement de la façade Pacifique.
Comment expliquez l’importance de la
façade Atlantique? Telle est la question à laquelle nous allons maintenant
tenter de répondre.
A. Facteurs naturels
. un
littoral de 5.000 km, ouvert sur le
monde et sur l’océan, malgré les Appalaches: des sites portuaires ont été
développés sur cette côte découpée en estuaire, des axes de pénétration :
Mississippi (3.000 km), Saint-Laurent, Grands Lacs.
. des
ressources naturelles : le Golfe
du Mexique est une zone majeure de production d’hydrocarbures (1/4 de la
production américaine, production off-shore). La côte nord est poissonneuse et
offre des paysages qui attirent les touristes (Maine).
.
Le rôle de la colonisation, de l’immigration des hommes, des capitaux dans la
structuration de la façade
. la porte d’entrée des Européens depuis l’arrivée des premiers colons au 17ème siècle : à l’ouest de la Floride, les Espagnols règnent en maître au XVIIIème siècle, alors que les ports au nord de la Floride expédient les produits tropicaux et importent esclaves et produits manufacturés (Savannah, Charleston, Baltimore).
.
Le rôle de la Révolution industrielle
Le XIXème siècle, avec
l’avènement de la révolution industrielle et de la navigation à vapeur qui
renforce le développement des ports les plus proches de l’Europe :
Baltimore, New-York, Boston.
.
La production de pétrole à partir du
XIXème devient off-shore dans le Golfe du Mexique et fait la puissance du
Texas.
Ainsi
la façade atlantique états-unienne devient une interface majeure vers
l’Atlantique
. exceptionnelles
densités et qualité des infrastructures de transports. Aménagements fluviaux, desserte aéroportuaire.
.
Le rôle de la conteneurisation :
la généralisation de la conteneurisation va de pair avec le développement de
l’intermodalité.
. Le développement du tourisme : climat, sites, proximité des foyers émetteurs de flux et à haut niveau de vie.
. La
mondialisation de l’économie. Les
façades maritimes ont acquis une place décisive. Assurant la majorité des
échanges américains, elle est organisée comme une réponse à la mondialisation.
Les besoins de l’Europe de l’Est stimule cette façade.
. métropolisation
et littoralisation/maritimisation des économies.
. une
façade en voie d’intégration du Canada jusqu’au Mexique : le rôle de l’ALENA qui renforce le fonctionnement
des axes frontaliers entre les deux rives des Grands Lacs. Ouverture des
frontières, Cependant, la situation est inégale : force est de constater
que si le Mexique exporte davantage et séduit les marchés financiers, faute
d’investissements dans les infrastructures, l’innovation et l’éducation, il
continue de présenter des disparités spatiales fortes avec ses voisins du nord.
Naturellement
et économiquement, la façade atlantique est divisée en deux :
- Le Nord-Est de Montréal à la Virginie qui est une
façade puissante et complète, reflet d’un centre des échanges mondiaux :
poids démographique, économique, diversité des activités de commandement,
puissance de l’intermodalité, relation avec un vaste hinterland.
- Le
golfe du Mexique : puissante façade par le tonnage mais forte
structuration autour de l’activité pétrolière.
Cependant
une analyse plus fine permet de distinguer 4 types d’espaces qui dessinent
une façade puissante mais en archipel
1)
Les centres du nord-est :
Les portes océaniques ouvertes sur l’océan atlantique
et le monde les ports des estuaires du Nord-Est et les ports des Grands Lacs qui sont aussi des pôles de transports terrestres et
maritimes et des métropoles d’envergure mondiale (Mégalopolis).
Sur
le Golfe du Mexique, au débouché des grandes plaines, Houston et la
Nouvelle-Orléans, Miami enfin, pôle d’échanges avec le monde latino-américain
et pôle touristique majeur.
2)
Les littoraux spécialisés au sud: tourisme (Floride), exploitation et
transformation des hydrocarbures (ports du Texas et du delta du Mississippi),
l’agrobusiness (agrumes, canne à sucre, riz) sur les littoraux tropicaux du
golfe et à l’intérieur de la Floride).
Cet espace est traditionnellement en
situation de périphérie par rapport au Nord-Est des Etats-Unis :
è il sert d’espace de loisirs aux habitants du
Nord-Est (voir l’exemple d’Orlando)
è il fournit au Nord-Est des produits
agricoles (agrumes, notamment)
è il fournit au Nord-Est des produits
pétroliers)
Il s’agit cependant d’une périphérie
intégrée car des flux de population venus du Nord-Est convergent vers cet
espace. Il s’agit de retraités qui entendent profiter de la douceur du climat
en Floride mais aussi d’actifs qui entendent profiter d’un cadre de vie
agréable et du dynamisme de la région.
Des flux d’investissements convergent
également vers cet espace avec des industries de pointes qui se sont installés
créant de nouvelles régions motrices comme Miami-Tampa en Floride ou
Houston-Dallas au Texas. Sans doute, à terme, ces régions motrices prendront
leur indépendance vis-à-vis du Nord-Est.
3)
Les régions transfrontralières
. Au
nord et au sud, des régions transfrontalières qui se renforcent avec
l’ALENA : sur le Rio Grande,
géographie des villes jumelles et des maquiladoras ; les Grands Lacs sont
quant à eux devenus un espace transnational américano-canadien. De Chicago à
Québec est née la « Main Street America ».
4)
L’arrière-pays
. Un
arrière pays organisé par de grandes métropoles qui assurent le relais avec les
métropoles portuaires : Dallas,
qui rayonne sur le sud-ouest, Atlanta qui polarise le sud-est (deuxième
plate-forme aéroportuaire du pays -hub-)