LES CULTURES SPECIALISEES EN AMERIQUE LATINE

 

Suribey CHAMORRO

Franck CACHIA

 

 

INTRODUCTION

Grâce a son etendue en latitude, l’Amérique Latine possède des milieux naturels très variés et donc différents systèmes de cultures. Ainsi, ce continent, qui fournit 10% des exportations mondiales de produits agricoles, possede un riche potentiel cultivable.

Or, ce potentiel important n’est pas totalement exploité puisque l’Amérique Latine s’est bornée a se spécialiser dans des cultures soit exclusivement commerciales, soit dans les cultures traditionnelles des civilisations pre-hispaniques. Aujourd’hui en effet, l’Amerique Latine se spécialise fortement dans les cultures tropicales qui sont presque exclusivement tournées vers l’exportation. De plus, une des spécificites agricoles du continent sont les cultures traditionnelles pre-hispaniques qui, inversement, répondent a une logique vivrière. Enfin, le sous-continent est devenu au cours des dernières decennies un des specialistes des cultures illicites (drogue) qui représentent par leur forte valeur ajoutée d’importantes sources de revenus pour les agriculteurs.  

I.Les cultures tropicales : des cultures tourneés vers l’extérieur

1/La canne à sucre

La canne à sucre est très largement cultivée dans la région des caraïbes ainsi que sur la côte bresilienne. La canne à sucre fait partie integrante de l’agriculture de grande plantation, qui s’oppose à l’agriculture vivrière. Son exploitation est systematisée avec l’arrivée des Espagnols et des Portuguais de sorte qu’aujourd’hui, 46% des exportations mondiales de sucre proviennent d’Amerique Latine. La culture de la canne é sucre est toujours associée a de la rafinerie, ce qui implique une forte valeur ajoutée industrielle. Le Bresil en est le premier producteur mondial.  

2/Le café et le cacao

Le café et le cacao sont exploités dans la région des caraïbes, au nord-est du continent (Colombie, Vénézuela) et au Brésil (région de Sao Paulo et Bahia). Ces produits, destinés pour l’essentiel au marché mondial, sont majoritairement exportes non-raffines, d’où le faible valeur ajoutee que le pays producteur peuvent en tirer. Quoi qu’il en soit, plus de 50% des exportations mondiales de café proviennent d’Amérique Latine et encore davantage pour le cacao. Par ailleur, le Bresil est le premier producteur mondial de café, la Colombie est deuxième.  

3/Les agrumes

Culture tropicale par excellence, l’exploitation des agrumes (oranges, citrons, mandarines) est située majoritairement sur les régions côtières des caraïbes (Antilles, sud-est mexicain, Amérique centrale) et du Brésil, profitant d’un climat chaud et humide caractéristique de ces régions. La culture des agrumes est une culture de plantation en plein essor et essentiellement tournée vers l’exportation. Le Bresil en est, la-aussi, le premier producteur (26% de la production mondiale) et exportateur mondial.  

4/Les bananes

L’Amérique centrale s’est presque exclusivement specialisee dans la production bananière ; ainsi, bon nombre de ces pays sont considerés comme des Republiques bananières. Ce qui caractérise cette production, c’est la mainmise des firmes etrangères sur l’exploitation de la banane, même si cette situation est aujourd’hui remise en cause (United Fruit Company) Les exportations de bananes provenant d’Amerique Latine représentent 77% des exportaions mondiales.   Ainsi, l’Amérique Latine s’est inserée sur les marchés mondiaux en ce spécialisant dans ces cultures d’exportations. Cependant, cette intégration s’est faite au détriment d’une autre spécificité de l’agriculture du continent : les cultures traditionnelles pré-hispaniques que l’on regroupe sous l’appellation de cultures vivrières ; d’où le recours à des cultures illicites (drogue) tout aussi traditionnelles mais beaucoup plus profitables.  

II.UN DUALISME DE L’AGRICULTURE DEFAVORABLE AUX CULTURES TRADITIONNELLES : UN TERREAU FERTILE POUR L’ EMERGEANCE DE NOUVEAUX TYPES DE CULTURES

1/Des cultures agricoles ancestrales au bouleversement colonial

Dans les sociétés prés-colombiennes, l’espace agricole était occupé de facon inégale : les basses terres, probablement peu peuplée, ne connaissent que le nomadisme des chasseurs-cueilleurs, tandis que les hautes terres (plateau mexicain, Andes), étaient exploitées par des populations rurales nombreuses. En Amérique centrale, les productions agricoles étaient essentiellement le maïs, la courge et le haricot, alors qu’en Amérique andine les paysans exploitent l’étagement en altitude pour produire également du coton, de la coca, et de nombreuses variétés de pommes de terres. Tout ce système qui permettait d’alimenter les communautées villageoises et les populations des grandes cités a été peu à peu désorganisé à partir du XVI ème siècle avec l’arrivée des Espagnols et Portuguais en Amérique. Les plantations coloniales étaient déstinées à fournir à l’Europe des produits exotiques (le climat permettant ce type de cultures) ; on rencontre ainsi en Amérique Latine une gamme très large de plantes cultivées, autochtones ou introduites par les colons. Malgré un changement dans les systèmes agricoles, l’agriculture sud-américaine reste cependant performante. Mais l’Amérique Latine est passée en quatre siècles de civilisations agraires autarciques et efficaces centrées sur les montagnes à l’exploitation des basses terres au profit d’une oligarchie de grands propriétaires. L’orientation vers l’exportation s’est faite au détriment des cultures vivrières et des petites exploitations. La faible rentabilité des cultures traditionnelles a encouragé les petits paysans à se spécialiser dans d’autres cultures, tant licites qu’illicites.  

2/De nouveaux types de cultures : vers la recherche d’ une plus grande rentabilité

Il existe en Amérique Latine des formes nouvelles d’ utilisation du sol, le Mexique par exemple tente de remplacer les céréales par des produits spéculatifs comme l’ horticulture, l’ arachide ou les agrumes. Mais ce sont surtout les narcotiques qui se sont développés récemment dans la plupart des pays de l’ Amérique Latine, produits par les petits paysans découragés par les faibles gains des cultures traditionnelles et poussés par les cartels de la drogue, eux-mêmes encouragés par la demande occidentale: la coca représente ainsi 15 à 45% de la valeur d’ exportations du Pérou, 20% du PIB bolivien ou colombien, sans compter la marijuana mexicaine ou le pavot des régions amazoniennes des pays andins ; les énormes bénéfices sont blanchis dans les places financières off shore des Caraïbes. La narco-agriculture est donc la conséquence d’ une agriculture traditionnelle en déclin et devient ainsi le palliatif pour nombreuses sociétés paysannes.  

CONCLUSION

En ce spécialisant dans des cultures qui ne sont pas déstinées à satisfaire un marché intérieur important, l’Amérique Latine a entraîné le déclin des cultures vivrières et, parallèlement, fait apparaître des problèmes d’approvisionnement et de satisfaction alimentaire des populations ainsi que des problèmes économiques qui expliquent souvent le recours aux cultures illicites. C’est là toute l’ambiguité de l’agriculture en Amérique Latine qui possède un grand potentiel permis par une grande variété des climats et une Surface Agricole Utile très importante. Ce potentiel est donc mal mis à profit car même si les cultures d’exportations permettent l’entrée de devises importantes pour les pays du continent, il entraîne l’augmentation d’ importations alimentaires nécessaires à une consommation interne.