Agriculture et développement en Amérique Latine.

Agriculture en Am. Latine = encore un secteur important dans pop. active, l’économie et les échanges extérieurs. Secteur en voie de modernisation toutefois n’entraîne pas de réels développement et les inégalités foncières sont à l’origine de tensions dans les campagnes ; la solution adoptée est souvent de mettre en valeur de nouvelles terres. Comment expliquer cette situation particulière de l’agriculture latino-américaine ?

  1. L’agriculture latino-américaine : importante à plusieurs niveaux, mais un échec économique global.
    1. L’importance de cette agriculture qui se révèle être surtout commerciale.
    2. A l’échelle mondiale : en tête des productions tropicales : canne à sucre, café, cacao, agrumes, soja, blé, viande. L’Amérique Latine représente 10% des exportations mondiales de produits agricoles mais 77% pour les bananes, 52% pour le café, 46% pour le sucre.

      _ depuis une 20taine d’années, les productions ont augmenté (doc.2 p.271).

      Dans les économies nationales : en moyenne entre le ¼ et le 1/3 de la population active mais des inégalités selon les pays : 12% de la m-o en Argentine où élevage extensif requiert peu de bras mais 47% en Bolivie et 52% au Guatemala. Proportion supérieure aux pays développés mais inférieure à l’Afrique (souvent plus des ¾) ou l’Asie (souvent près des 2/3).

      Malgré diversification des économies, encore une place importante dans PIB et surtout dans les exportations.

      Qq exemples du poids de l’agriculture dans l’économie de quelques pays:

       

      Part dans le PIB (%)

      Part dans les exportations (%)

      Argentine

      6

      56

      Brésil

      14

      34

      Chili

      7

      37

      Costa Rica

      17

      66

      Guatemala

      25

      66

      Honduras

      20

      90

      Mexique

      8

      24

      Pérou

      7

      30

      Venezuela

      5

      7

      Ce poids dans les exportations montre qu’il s’agit d’une agriculture surtout commerciale.

      Même si existence de grandes exploitations capitalistes et de paysanneries productirces de cultures vivrières, l’économie d’échange s’impose à tous à des degrés divers. Ce sont les plantations et les grandes exploitations qui sont les plus liées aux échanges extérieurs.

      Tradition d’exportation depuis la colonisation qui introduisit la culture de la canne à sucre. Au 19e et 20e siècle d’autres productions destinées à l’exportation se sont développées : café, coton, cacao, banane aux latitudes tropicales, blé et viande en Argentine. Depuis une dizaine d’années s’est développé le soja au Brésil et en Argentine et l’arboriculture fruitière au Chili.

      Dans certains pays peu industrialisés les exportations de produits agricoles occupent la place la plus importante (Honduras, Nicaragua, Guatemala...). En revanche faible part au Mexique ou au Venezuela par rapport aux produits pétroliers.

      Cette domination des cultures commerciales a des effets sur les espaces agricoles.

      En effet facteurs naturels (variés : différences de climats et d’altitude) jouent moins que les liens avec l’extérieur qu’entretient l’agriculture : les cultures d’exportation sont ainsi situées près des littoraux tandis que les cultures vivrières sont souvent situées à l’intérieur. Il peut y avoir des différences entre pays selon les conditions physiques locales et la qualité du réseau de transport qui peut rentabiliser des localisations plus lointaines mais globalement il existe une zonation fondée sur la distance par rapport à la côte et aux ports d’exportation.

      Ce développement de l’agriculture s’est fait souvent au détriment des cultures vivrières ce qui témoigne d’une réussite toute relative.

    3. un échec économique global

On peut adopter ce qualificatif en faisant plusieurs constats :

_ cette agriculture n’arrive pas à nourrir une population croissante : les importations de produits alimentaires ont été multipliées par 5 entre 1970 et 1990, le coefficient de dépendance alimentaire (part des importations par rapport à l’offre disponible pour la distribution intérieure) a augmenté presque partout :

 

1969/1971

1988/1990

Costa Rica

23.4

30.2

Mexique

3.2

24.8

Venezuela

32.3

43.2

Pérou

17.5

27.1

Haïti

7.2

26.2

_ la sous-nutrition et la malnutrition sont présentes dans la plupart des Etats : 40% des enfants du Salvador sont en état d’anémie ; l’aide alimentaire en Amérique Centrale a quasiment doublé durant les années 80.

_ les cultures illicites se sont développées, rapportant en moyenne 5 fois plus que les cultures traditionnelles ; ex : la coca dans les pays andins : plante traditionnelle utilisée dans les cérémonies incas, consommée par les paysans et très recherchée par les narco-trafiquants, facile à cultiver, sur les piémonts andins chauds et humides. Au Venezuela, developpement du pavot, au Mexique de la marijuana.

_ importance des violences rurales liées à la pauvreté des masses paysannes : guérillas au Pérou (Sentier Lumineux, MRTA) et au Guatemala, mouvement zapatiste au Mexique, révoltes des paysans sans terre au Brésil... etc.

Les causes de cette situation générale et de cette évolution contrastée sont à rechercher en grande partie dans l’histoire récente des structures foncières dont la caractéristique majeure est d’avoir toujours été profondément inégalitaires.

  1. Les stuctures agraires en Amérique Latine et leur évolution jusqu’au début des années 80.
    1. Des structures inégalitaires issues de la colonisation.
    2. Doc. 1, 2 et 3 p. 259.

      Existence à la fois de très grandes exploitations peu nombreuses mais qui occupent une superficie importante et de très petites exploitations nombreuses mais qui occupent une faible part de la surface agricole. Ex : au Pérou : les exploitations de moins de 5 hectares représentent 77% du total des exploitations mais 7% de la surface, celles de plus de 1000 ha représentent 0,1% du nombre et 62 % de la surface. Au Brésil, les exploitations de moins de 10ha représentent 50% du total des exploitations mais 2.7% de la superficie, celles de plus de 1000 ha, 1% du total mais 40% des terres mises en valeur.

      Les grandes exploitations sont de deux types :

      _ le latifundium (ou latifundio) traditionnel généralement consacré à l’élevage extensif et sous exploité, avec des performances médiocres liées au fait que les propriétaires absentéistes n’ont pas un comportement de chef d’entreprise et sont plus sensibles au prestige social de posséder des terres et des paysans qu’aux performances économiques. Ces latifundios sont les lieux du conservatisme économique et social.

      _ les plantations : cultures spéculatives en prise directe avec les marchés internationaux, obtiennent souvent de bons résultats économiques grâce aux techniques modernes de production et à une gestion capitaliste tournée vers la réalisation du profit.

      A l’opposé de ces grandes exploitations existe le minifundium (ou minifundio), exploitation trop petite pour employer la force de travail d’une famille et pour la faire vivre décemment.

      Entre ces deux extrêmes, la moyenne propriété n’existe que ponctuellement dans des régions peu recherchées par les grands propriétaires. Parfois elle date de l’installation d’européens (Italiens et Allemands) au XIXeme siècle, comme c’est la cas du sud du Brésil ou de la région des lacs au Chili. Cette moyenne propriété a produit une dynamique sociale porteuse de développement en créant une classe moyenne rurale, donc un marché solvable.

      Enfin, il existe quelques formes d’appropriation collective de la terre chez les communautés indiennes, en Amazonie, dans les Andes et en Amérique Centrale.

      Cette situation inégalitaire date de la colonisation lorsque la Couronne a distribué de vastes étendues aux conquistadores alors que les Indiens cultivaient la terre collectivement et ignoraient la notion de propriété privée. Dans le même temps, les plantations esclavagistes littorales se développaient avec l’importation de Noirs d’Afrique. L’ordre social ainsi institué a été renforcé au moment des indépendances qui ont confirmé le poids de l’oligarchie foncière au détriment du monde indien minifundiste.

      Cette distribution injuste est aussi paralysante économiquement puisque le latifundium sous-exploité gaspille la terre et le minifundium, trop petit sous-utilise la force de travail. Ceci a conduit à une redistribution de la propriété du sol.

    3. les réformes agraires : modernisation économique et sociale.

Doc. 5 et 6 p.261

Définition : opération juridique visant à modifier la structure foncière. Elle opère généralement une redistribution des terres au profit des petits et moyens propriétaires, des coopératives et des fermes d’Etat.

La première a été engagée au Mexique en 1915 lorsque le chef indien Zapata obtient du Président Carranza le démantèlement des haciendas. S’étale sur des décennies (jusqu’en 1991) et est constitutive de l’histoire du pays. Les terres étaient remises aux paysans en usufruit et non en pleine propriété et constituaient des ejidos, les communautés villageoises ne pouvaient ni les vendre ni les louer.

La Bolivie et le Guatemala entreprennent une réforme en 1953. Dans le cas du Guatemala, pour le gvt d’Arbenz il s’agissait de distribuer aux paysans uniquement les terres non exploitées par les latifundistes en laissant même à ces derniers une réserve pouvant aller jusqu’à 90ha de terres en friches. En juin 1954, un coup d’Etat fomenté par la CIA porte au pouvoir Castillo Armas qui engage une contre réforme : sur un total de 602000 ha expropriés, 550000 sont remis à leurs propriétaires. La politique menée alors est de satisfaire les intérêts des grands propriétaires.

Après la révolution castriste (1959) les gvts et les EU prennent conscience des risques d’explosion sociale liée aux déséquilibres de la structure foncière et commencent des réformes agraires pour désamorcer le risque de révolution. La vague des réformes agraires se déroule sur une période courte : déb années 60, fin années 70 et touche tous les pays sauf Haiti, Guyana, le Surinam, l’Argentine et l’Uruguay.

Les objectifs de ces réformes, outre d’enrayer les processus révolutionnaires sont :

_ la justice sociale : il s’agit de libérer les travailleurs de la tutelle des propriétaires et reconnaître la valeur du fonds culturel indien.

_ le dév. économique : enclencher un processus de modernisation agricole et à terme l’industrialisation puisque l’amélioration des revenus des populations rurales devait accroître leur consommation. Par ailleurs les anciens propriétaires qui recevaient des indemnités pour les terres expropriées pouvaient investir ces sommes dans l’industrie (ou le tourisme : ex au Pérou dans la région de Cuzco).

_ apporter une solution au pb de l’exode rural en améliorant le niveau de vie des campagnes.

Les réformes ont suivi différentes modalités : certaines visant la réussite économique ont épargné les grands domaines productifs et les expropriations ont été indemnisées. D’autres plus radicales visaient à casser le pouvoir de l’oligarchie terrienne (aucune indemnisation, cas de Cuba en 1959 et du Nicaragua en 1979). Dans certains cas, les terres expropriées sont distribuées à des agriculteurs privés (Chili), dans d’autres elles sont exploitées de manière collective dans le cadre de fermes d’Etat (Cuba) ou de coopératives (Pérou).

A part Cuba où la propriété foncière a été complètement restructurée, les cas les réformes les plus abouties ont été celles du Pérou des militaires progressistes des années 70 (8.5 millions d’hectares concernés soit 40% des terres agricoles) et du Chili de Salvador Allende (où le latifundisme a quasiment disparu). Ailleurs les réformateurs se sont heurté à la résistance des grands propriétaires : au Guatemala, en 28 ans, seuls 665000 ha ont été distribués à 50000 familles ; au Brésil la réforme n’a pas été du tout appliquée sous la dictature militaire (1964-1985).

Globalement les résultats sont contrastés voire décevants (doc.11 p. 263). Les agriculteurs ont souvent manqué d’encadrement technique, financier et commercial, la gestion des coopératives ou fermes d’Etat a souvent été mauvaise, la croissance démographique a conduit au morcellement des lots et créé de nouveaux minifundios. Sur le plan social, l’impossibilité d’attribuer des parcelles à tous a provoqué des frustrations : au Pérou où la réforme a pourtant été radicale, seul le ¼ des paysans a été concerné. Enfin, la forte croissance urbaine a orienté les priorités vers les villes et non les problèmes des ruraux.

Aujourd’hui, même si le thème revient périodiquement dans le débat politique (ex : au Brésil depuis le retour de la démocratie en 1985 ou au Guatemala où une réforme est théoriquement prévue dans les accords de paix), le temps des réformes agraires semble révolu ; un nouveau modèle de croissance agricole inspiré du libéralisme s’impose depuis les années 80 : la " modernisation conservatrice ".

3. La modernisation de l’agriculture latino américaine depuis le début des années 80 : formes et conséquences.

    1. la voie du libéralisme et son coût social.
    2. Renversement total du modèle de croissance ; la réforme agraire reposait sur l’idée qu’il fallait supprimer les inégalités foncières contre-productives et que c’était la justice sociale qui allait soutenir la croissance économique. Actuellement, le nouveau modèle considère au contraire que l’inégalité est inscrite dans l’économie concurrentielle et que c’est la compétition des entreprises agricoles qui va provoquer le développement.

      Cette nouvelle agriculture est intégrée dans une chaîne agro-industrielle qui comprend en amont les entreprises de matériel agricole, d’engrais, de pesticides etc... et en aval les entreprises de commercialisation, de transport et de transformation (IAA). C’est en outre une agriculture capitaliste qui dépend des organismes de crédit.

      è cette agriculture modernisée perd son autonomie.

      L’Etat a encouragé ce processus de modernisation en soutenant les prix de certaines productions, en finançant la recherche, en accordant des crédits subventionnés ou encore en fournissant de l’assistance technique. Par ailleurs l’amélioration des infrastructures (routes, barrages) a contribué à cette modernisation.

      Les grandes entreprises, depuis longtemps présentes dans les plantations, renforcent leurs positions dans cette agriculture capitaliste : United Brand (ex – United Fruit) contrôle la filière de la banane en Amérique Centrale (doc 7 p.273), Cargill intervient massivement dans les filières céréales et soja. Dans le Nord du Mexique, les firmes américaines ont créé le système de " l’agro-maquila " (cultures irriguées de fruits et légumes destinés à l’exportation, les Mexicains fournissent l’espace et la m-o, les firmes américaines les capitaux et la technologie). Ces firmes agro-industrielles passent même des contrats avec des exploitations familiales : ex au Chili central, dans l’arboriculture, les grandes firmes imposent leurs spécifications techniques et en retour se chargent de la commercialisation.

      Les petits producteurs sont donc parfois concernés par ce processus, certains petits paysans peuvent aussi trouver de l’embauche dans les grands domaines au moment des récoltes.

      Il y a donc " modernisation " car les techniques de production et de gestion sont améliorées mais elle est " conservatrice " car non seulement elle ne réduit pas les inégalités mais elle contribue au contraire à les augmenter.

      Doc 8, 9 et 10 p.263

      En effet : _ cette modernisation ne touche que certains pays (Mexique, Brésil, Argentine, Chili pour les plus touchés) et dans les pays, certaines régions qui sont bien intégrées au marché national et international (Pampa argentine, centre-sud du Brésil, vallée centrale chilienne, cerrtains endroits de la côte péruvienne, districts irrigués du nord du Mexique).

      _ l’agriculure paysanne (petites exploitations de 10ha où la m-o est familiale et les techniques de production rudimentaires) a été oubliée alors que c’est elle qui produit la majeure partie des denrées de base (maïs, manioc, haricots, pommes de terre). Les rendements y sont faibles, la modernisation difficile car trop coûteuse et l’Etat ayant priviligié les cultures d’exportation pour les rentrées de devises, n’a quasiment pas fourni d’assistance technique ou de crédits ; souvent même, il a maintenu le prix des cultures de base à un prix le plus bas possible pour soutenir le niveau de vie des classes populaires urbaines et limiter le mécontentement. Pour survivre, cette agriculture doit chercher des compléments de revenus dans d’autres activités : artisanat pour les touristes, travail temporaire en ville ou surtout sur les grands domaines dans des conditions précaires.

      _ cette modernisation s’accompagne de la diffusion du salariat et du travail saisonnier : les entrepreneurs qui s’équipent de machines préférent avoir des saisonniers ou journaliers plutôt que des familles en permanence. Cela provoque des expulsions des domaines et une précarisation de l’emploi agricole. En bien des lieux, les paysans sans terre se révoltent contre les effets de cette modernisation : au Brésil, ils réclament le partage et organisent l’invasion de grands domaines ; dans le Chiapas, une guérilla paysanne a éclaté.

      è il y a donc une crise des campagnes latino-américaines. Cette crise se diffuse à la ville car beaucoup de travailleurs agricoles viennent s’installer en périphérie des villes petites et moyennes afin de rester proches du milieu rural où ils travaillent pendant les récoltes et près des possibilités qu’offre le milieu urbain dans les petits métiers du tertiaire. Par ailleurs, dans les grandes agglomérations arrivent de nombreux ruraux déracinés qui s’intègrent parfois difficilement au milieu urbain, ils s’installent dans des bidonvilles en périphérie.

      La " modernisation conservatrice " transfère en ville les problèmes sociaux qu’elle provoque à la campagne. Par ailleurs, elle favorise une nouvelle géographie agricole à travers la multiplication des fronts pionniers.

    3. les fronts pionniers : solution à la crise sociale des campagnes ?

Définition : désigne les progrès du peuplement dans des territoires peu occupés, avec défrichement et mise en valeur de nouveaux espaces.

L’Amérique Latine possède d’immenses surfaces à mettre en valeur : cela peut apparaître comme une alternative au problème paysan. En outre, le front pionnier s’inscrit dans une tradition de conquête de ce continent : les colonisateurs ont cherché dans l’arrière pays des compléments aux plantations littorales ; l’Etat brésilien a encouragé la conquête de terres vierges sur les hauts plateaux intérieurs et au delà, en Amazonie, comme en témoigne la création de la capitale Brasilia en 1960 qui devait constituer le point d’encrage de cette conquête (doc 11 p.275) ; plusieurs autres Etats (Pérou, Bolivie, Mexique, Amérique centrale) ont également encouragé la conquête de basses terres souvent couvertes de forêt (amazonie, Peten au Guatemala) afin de réduire la pression démographique sur les hautes terres ou de désamorcer les tensions résultant du problème foncier.

Mais ces fronts pionniers posent des problèmes humains : (doc. 13 p.275)

_ ces terres mises en valeur non appropriées relèvent du domaine public et sont en théorie vides, mais, ce n’est pas toujours le cas : l ‘Amazonie compte environ un million d’Indiens dont 200000 au Brésil. Même si on leur accorde plus d’attention qu’auparavant, leur territoire est amputé ce qui pose au pire un problème de survie mais de toute façon un problème culturel de fond : doivent-ils s’intégrer dans une civilisation qui leur est étrangère ?

_ la mise en valeur de ces terres était surtout destinée à répondre au malaise social et revenait donc à des petits paysans mais très vite la préférence a été donnée aux grandes entreprises pratiquant l’élevage extensif : au lieu de résoudre le pb de la terre, les fronts pionniers sont le lieu d’affrontement entre petits paysans et grandes entreprises en Amazonie par exemple, surtout que le statut juridique des surfaces n’est pas toujours très clair. Les petits paysans se retrouvent donc de nouveau sous la menace des grands propriétaires.

è la dynamique de l’espace agricole aggrave les conflits sociaux au lieu de servir le développement humain.

Ils posent également des problèmes écologiques :

_ les terres nouvelles sont fragiles or les agriculteurs n’ont pas cherché à respecter les équilibres écologiques, en Amazonie, certains sols privés de couverture forestière et soumis au ruissellement s‘appauvrissent ; l’épuisement de ces sols fragiles encourage le défrichement de nouvelles terres (cf Peten).

_ le défrichement pour l’exploitation du bois ou l’agriculture est une atteinte à la biodiversité en détruisant des espèces vivantes qui pourraient se révéler utiles dans le futur et qui n’ont pas toujours été répertoriées et étudiées par les naturalistes.

è les fronts pionniers, en particulier en Amazonie sont tout le contraire de ce qu’on appelle le développement durable, c’est à dire un développement qui assure de bonnes conditions de vie aux générations actuelles (ce n’est pas le cas, cf Indiens, petits paysans et travailleurs sans terre) sans compromettre les conditions de vie des générations futures (ce qui supposerait de ne pas faire disparaître les ressources biologiques dont elles pourraient avoir besoin).

CC : Depuis les années 60, l’agriculture latino-américaine a connu des progrès mais qui ont surtout concerné les cultures commerciales, priorités des Etats pour obtenir des devises. La dépendance alimentaire s’est en revanche accrue ce qui témoigne de l’échec global de cette agriculture. Ce dernier se manifeste également à travers la crise sociale que traversent les paysanneries de ces pays. L’une des raisons majeures de cette situation réside dans des structures agraires trop inégalitaires qui n’ont pas été modifiées par les réformes agraires engagées dans les années 60. Le nouveau modèle libéral de " modernisation conservatrice " adopté depuis environ 20 ans a été sélectif et a accru les inégalités sociales, transférant souvent les problèmes de la campagne à la ville et provoquant souvent de manière criticable la mise en valeur de nouveaux espaces qui n’a pas résolu les problèmes. Aujourd’ hui il existe un système à plusieurs vitesses où on retrouve une agriculture commerciale souvent moderne, liée aux grands domaines et aux grandes firmes multinationales, une agriculture de subsistance en difficulté et des paysans sans terre dans une situation précaire. Les problèmes agraires restent une donnée essentielle des réalités politiques, économiques et sociales des pays latino-américains