L'industrie états-unienne

 

 

L'industrie états-unienne est la plus puissante du monde. Elle représente aujourd’hui 25% de la population active et 30% du PIB états-unien. Lors des années 80, elle a connu une croissance plus importante que l'industrie. européenne et depuis 1986, les exportations augmentent à nouveau. On relève des déficits, des rachats d'entreprises états-uniennes par des concurrents étrangers. Peut-on parler de déclin de l'industrie états-unienne à l’heure où la croissance de l’économie se raffermit (plus de 4,1% en 1999 selon http://www.odci.gov/cia/publications/factbook/geos/us.html#Econ ) ?

I L'industrie états-unienne : de l'hégémonie à la défensive

A La place de l'industrie dans l'économie états-unienne

Les E-U sont incontestablement une grande puissance industrielle (la première du monde, depuis le début du siècle). Première entreprise informatique du monde : IBM. Première en chimie : Du Pont de Nemours. Première en pharmacie : Johnson & Johnson. Première en agroalimentaire : Philip Morris. Première en construction d'avion : Boeing... Et la liste n'est pas close.

Pour la majeure partie des produits transformés, les Etats-Unis préservent une bonne longueur d'avance.

Selon le magazine Fortune, les 3 premières multinationales sont invariablement états-uniennes : General Motors, Ford Motor Company, et Exxon. Sur les 500 premières mondiales, 167 sont états-uniennes. Et leurs chiffres d'affaires additionnés dépasseraient le PIB du Japon !

B Une industrie qui exporte

Si la balance commerciale états-unienne est déficitaire, c'est en grande partie le fait des importations de produits énergétiques. En revanche, l'industrie exporte :

Les exportations états-uniennes de produits manufacturés, qui s'étaient tassées dans les années 80, reprennent à partir de 1988. Les E-U exportent leurs produits manufacturés surtout en direction des pays industriels. L'augmentation moyenne de ces exportations est de 30 milliards de $ par an de 1987 à 1990. La balance des produits de haute technologie est redevenue positive : + 36,7 milliards en 1991.

Les firmes US auraient plus investi que les japonaises à l'étranger (157 contre 96 milliards de $) et leurs filiales implantées au Japon feraient des bénéfices.

Le nombre d'emplois dans le secteur industriel s'est maintenu, le taux de chômage y est bas.

C L'industrie états-unienne est-elle en déclin ?

- en 1945, l'industrie états-unienne représentait la moitié de la production mondiale. Le recul commence dans les années 60 : 1/4 des exportations mondiales en 1960 / 15% seulement en 1988.

- dans les années 70, tous les secteurs sont touchés par la crise : la sidérurgie, puis l'automobile... L'électronique est atteinte au début des années 90. La concurrence, japonaise en particulier, a mis à mal des pans entiers de l'industrie états-unienne. Ex : l'électronique grand public a disparu.

La compétitivité, longtemps la première du monde, est aujourd'hui dépassée par celle des Japonais.

- les causes du déclin :

. la concurrence internationale qui succède à l'hégémonie.

. bon nombre d'entreprises ont du mal à s'adapter à la révolution technologique en cours depuis les années 70. Les entreprises restent attachées à la production de masse, alors que leurs concurrentes sont adaptées à la production de flux tendus (" lean production ") : c'est très net dans l'automobile. Elles continuent à chercher une compétitivité-prix en délocalisant (à l'étranger, à la frontière mexicaine), alors que ce qui compte, c'est une compétitivité-produit. De même, les industries de haute technologie (" high tech ") se sont reposées sur leurs lauriers, sûres de leur suprématie ; ou alors, les ingénieurs et chercheurs états-uniens ont tendance à concevoir des objets trop sophistiqués, peu adaptés au marché. Enfin, les activités financières ont primé sur l'adaptation de la production (cf : les Business schools en accusation).

- la formation de la main-d'œuvre, jadis la meilleure du monde, aujourd'hui de qualité médiocre. On parle de "crise du capital humain" (cf : femmes et minorités ; ex : en janvier 1992, un parlementaire japonais qualifie les ouvriers états-uniens de "paresseux, illettrés et inefficaces". Cela fait scandale, mais, en gros, les Etasuniens sont d'accord...). Ainsi, la formation permanente est peu développée : les Etasuniens licencient, alors que les Japonais reconvertissent. De plus, les salaires élevés constituent un handicap, surtout dans les branches très syndiquées.

- certains accusent l'Etat (lois anti-trust ou anti-pollution) de gêner les entreprises. Ces arguments ont entraîné la déréglementation des années Reagan.

Pour lutter contre ce fait, l'Etat a pris des mesures protectionnistes. Mais cela a entraîné l'augmentation directe des firmes étrangères.

Conséquences du recul :

. le poids de l'industrie dans le PIB est en baisse

. chômage, baisse de la protection sociale dans l'industrie

. friches industrielles et villes sinistrées (cf : "rust belt" du Nord-Est)

II Les grandes branches de l'industrie états-unienne

A Les industries traditionnelles (sidérurgie, chimie, textile)

Les industries traditionnelles ont souffert de la crise des années 70 et de la concurrence. Elles se sont adaptées avec plus ou moins de bonheur.

1° La sidérurgie

La sidérurgie demeure un secteur important, qui emploie plus de 180 000 actifs. Jusqu'aux années 70, c'est la première du monde. 4 grandes firmes produisent 50% de la production états-unienne. US Steel est la première d'entre elles.

Cette industrie est localisée au pied des Appalaches, sur les rives des Grands Lacs, et dans l'Industrial Belt (littoralisation).

A partir de 1974, elle connaît une crise brutale qui se traduit par une chute des exportations et des effectifs (elle passe de plus de 500 000 à moins de 200 000 personnes). Cette crise s'explique par la concurrence (ex : NPPI) et la hausse du $ (1979...).

= Conséquences : on transforme complètement le secteur :

. protectionnisme (quotas...)

. restructuration des grandes firmes : fermeture de certaines unités, modernisation des autres.

. accords avec les concurrents étrangers (ex : Japon.)

. diversification (ex : US Steel achète Marathon Oil en 1982 et devient USX).

. // les mini-acieries, plus compétitives, augmentent leurs profits.

= en 1992, la sidérurgie US est sur la défensive : 87 millions de tonnes de production, pertes s'élevant à un million de $. Exportations : 6 mt / importations : 15 mt.

Cependant, la restructuration est avancée et la sidérurgie états-unienne a de bonnes chances de redevenir compétitive.

2° la chimie

La chimie est un secteur fort et moderne : 41% de la production de la Triade derrière la CEE (44%). C'est le 3e employeur industriel (derrière le textile et l'automobile).

C'est un secteur hétérogène : de la chimie de base à la chimie fine, la parachimie, la pharmacie... 8 firmes monopolisent 50% de la production. La première est Du Pont de Nemours, 22e société mondiale, mais 1ere pour la chimie.

Pourtant, la chimie états-unienne a connu des difficultés à partir de 1973 : baisse de la production et des exportations.

Conséquences : restructuration et innovation :

. les entreprises ont restreint leur ligne de produits à ceux qui sont forts.

. diversification vers l'aval : chimie fine, pharmacie, biotechnologies, nouveaux matériaux // régression de la chimie de base.

. effort de recherche développement (RD), en liaison avec les universités (ex : Dupont de N et Harward).

. diversification vers l'électronique, les sciences de la vie...

3° l'industrie textile

L'industrie textile, après un recul dans les années 60, demeure un gros producteur et un gros employeur (malgré le déficit).

C'est un secteur hétérogène : les fibres synthétiques sont puissantes (cf : Du Pont de N.), le textile et l'habillement ont été concentrés.

Mais les salaires sont faibles dans l'ensemble et les méthodes traditionnelles (taylorisme) n'ont pas été abandonnées assez rapidement.

B La crise de l'industrie automobile

1° Jusqu'à la fin des années 70 : une activité phare.

Jusqu'à la fin des années 70, c'est la 1ere du monde (cf : mythe états-unien, développement des transports...) Ford, GM et Chrysler (les "Big Three") contrôlent tous les marchés. L'automobile emploie 1,5 millions de travailleurs. La production est concentrée dans le NE (Detroit et le Michigan). C'est une industrie motrice pour l'économie (ex : consomme 20% de l'acier national, mais aussi le verre, les plastiques, les caoutchoucs, le textile... ex : Goodyear et Firestone sont US).

2° Les difficultés entre les années 70 et 80 :

Difficultés depuis les années 1970 : nombreuses usines fermées, milliers de licenciements... Les faiblesses de l'industrie automobile états-unienne sont dues aux vieilles méthodes de production, à la faiblesse de la formation des travailleurs, au peu d'attention porté au besoin du marché, ce qui entraîne une compétitivité moindre que celle des Japonais.

3° La reprise à partir de 1983

Reprise à partir de 1983, la production et les bénéfices repartent, mais le protectionnisme entraîne l'implantation aux E-U d'usines japonaises ("les transplants"). N : la stratégie jap : d'abord, voitures bas de gamme, négligées par les constructeurs US ; puis, remontée de gamme... ex : en 1982, Honda installe la 1ere usine dans l'Ohio.

1990 : les "transplants" japonaises ont fabriqué 1,3 millions de véhicules / les "Big Three" n'ont fourni que 78% de la production sur le sol états-unien, et leur part de marché est encore limité par les importations.

4° Les stratégies de redressement

Conséquence : stratégies de redressement :

- intervention de l'Etat : protectionnisme / danger : accélère les implantations japonaises.

- restructuration :

. fermeture des usines les moins performantes (depuis 1987, 10 usines fermées, une seule ouverte...)

. modernisation (robotisation...)

. nouvelles méthodes de production copiées sur les Japonais (ex : formation permanente...)

. association des sous-traitants : contrats de longue durée avec eux, pour obtenir de meilleurs prix, comme le font les Japonais.

. modification des localisations, bien que Detroit et le Michigan restent prépondérants (glissement vers le sud de la région).

. diversification des entreprises, vers l'électronique, l'informatique, l'espace, l'aéronautique, la communication)

- multiplication des alliances et des associations :

ex : 1989, Ford achète Jaguar ; GM prend 50% de Saab (Suède).

alliances : GM-Toyota (usine commune en Californie), GM-Suzuki. De même, Mazda fabrique des Ford au Japon et aux USA...

5° Résultats :

Redressement dans les années 80 ; mais nouvelle récession au début des années 90 = nouveaux licenciements chez les Big Three.

// les Japonais annoncent un doublement de leur capacité de production aux E-U pour 95... Malgré les progrès, la compétitivité états-unienne demeure bien inférieure à celle du Japon.

// augmentation des importations et des "transplants". Ainsi, GM est déficitaire aux E-U (mais réalise des bénéfices en Europe...)

N : il ne faut pas oublier que les sociétés sont transnationales, les alliances très complexes : ex : certaines firmes US fabriquent à l'étranger pour réimporter aux E-U...

C Les industries de pointe

Leaders incontestés de la haute technologie ("High Tech") jusqu'aux années 1980, les entreprises états-uniennes ont perdu de leurs parts de marché dans certains domaines. Les situations sont très variables :

1° un environnement favorable aux industries de pointe :

ex : la Silicon Valley, au sud de San Francisco.

2°L'aéronautique états-unienne est la plus puissante du monde.

Dans les secteurs civil et militaire, elle emporte les 3/4 des marchés.

Deux constructeurs, Boeing (1er constructeur mondial d'avions, chiffre d'affaires de 27 millions de $, 150 000 employés ; fabrique par ex les avions radars Awaks) et McDonnel Douglas.

Elle se heurte à la concurrence : ex, avec Airbus (Europe). La réaction états-unienne a entraîné une véritable guerre avec Airbus (aides de l'Etat). Là encore, on pratique des alliances (ex : General Electric avec la SNECMA pour la construction de réacteurs).

3° l'informatique a dominé totalement le marché mondial jusqu'aux années 70 (Texas Instrument, ITT...).

Mais les Etats-Unis perdent des parts de marché au profit du Japon. Ainsi, pour les circuits intégrés et les semi-conducteurs, les Etats-Unis sont passés de 60 à 40% du marché mondial. De même, pendant la guerre du Golfe, on a appris que les missiles "Patriot" comportaient des éléments japonais...

La contre-attaque états-unienne :

. protectionnisme (ex : surveillance des prix japonais pour éviter le dumping)

. agressivité : accord de 86 avec le Japon, qui ouvre le marché nippon aux circuits intégrés états-uniens

. position libre-échangiste des Etats-Unis lors de l'Uruguay Round, pour l'informatique et les télécommunications.

. l’innovation progresse : ex, IBM lance les micro-ordinateurs dans les années 1980 (le PC : Personnal Computer) ; ex : Compaq ; ex : Apple.

. association entre fabriquants et utilisateurs de composants états-uniens

. fusion, concentration (ex : IBM entre dans le capital de Bull)

4° Un contre-exemple : l'effondrement de la machine-outil.

On peut classer ce secteur dans les inds de pointe (depuis les machines-outils à commande numérique, dans les années 65). Les années 80 ont vu l'industrie états-unienne ruinée par la concurrence allemande, japonaise, et celle des NPPI. La concentration n'a pas donné les résultats attendus. Aujourd'hui, les firmes US commercialisent même des produits étrangers.

III Géographie industrielle des Etats-Unis : persistances et mutations

A Le NE conserve une place importante, malgré la crise

L'Industrial Belt ou Manufacturing Belt regroupe la Nouvelle Angleterre, la Mégalopole atlantique et la région des Grands Lacs (= quart NE du pays).

C'est l'ancien espace dominant de l'économie, jusque dans les années 1950, pour les fonctions essentielles : industrie lourde, industries textiles, industries de montage, transports ferroviaires...

Cet espace est en déclin mais il conserve encore plus de 40% de la pop US et près de 50% de la valeur ajoutée industrielle du pays. Cependant, des secteurs industriels entiers y ont disparu, comme le textile de la Nouvelle Angleterre (passé au sud), et d'autres sont en difficultés, comme l'acier ou l'automobile.

Les notions de "rust belt" ou de "snow belt" donnent une image répulsive du NE.

Cependant, le NE conserve de nombreux avantages : masse de consommateurs sur une superficie restreinte (ce qui diminue les coûts de transport) ; potentiel intellectuel et scientifique (prestige des centres de recherche de la Nouvelle Angleterre et de NY : Princeton, Harward...).

On remarque que les sièges de l'aérospatiale et les grands centres de décision de l'industrie sont encore plus nombreux dans la Mégalopole atlantique que dans le reste du pays.

De plus, l'Industrial Belt n'est pas un ensemble uniforme : la région des Grands Lacs et les vallées sidérurgiques ou charbonnières des Appalaches souffrent plus que la côte orientale où les secteurs en crise voisinent avec les secteurs en reprise.

B Le Sun Belt attire les industries les plus dynamiques

Le dynamisme économique des Etats du Sun Belt est avéré depuis une quarantaine d'années.

S'y sont installées de nouvelles générations d'industries de haute technologie, mais aussi industries légère à forte valeur ajoutée - de même pour les industries d'armement.

N : les Etats du Sun Belt sont tous situés en position littorale (cf : " littoralisation " de l'économie). en particulier, développement de la façade Pacifique.

C Le Centre et les "marges"

L'intérieur du continent : les régions dynamiques comme Denver y sont rares. Faiblesse du peuplement, ...

Seules les industries agro-alimentaires y sont représentées de façon significative. Sinon, quelques chaînes de montage automobile et quelques usines chimiques...