Le Japon en Asie orientale

et dans le monde

Introduction

Le Japon est aujourd'hui la deuxième puissance économique du monde avec près de 15% de la production mondiale. Sa place dans les échanges de marchandises et l'importance de ses investissements financiers en font le second pôle de la Triade. De plus, le Japon domine en Asie-Pacifique une vaste zone d'influence. Quelles sont les caractéristiques et les facteurs de la puissance japonaise ? Quelles en sont les limites ?

I La puissance japonaise dans le monde et en Asie

L'activité économique du Japon représente celle de l'Allemagne, de la France et du Royaume-Uni réunis. L'économie du pays est tournée vers l'exportation et le Japon est le premier investisseur mondial.

A La puissance commerciale

B Les investissements financiers

Le Japon investit partout dans le monde les excédents dégagés par sa balance commerciale.

Le Japon est ainsi la source d'énormes flux de capitaux et le Kabuto-cho (bourse de Tokyo) est devenu la deuxième place boursière du monde.

C Le Japon dans l'Asie Pacifique

Le Japon a tissé en Asie Pacifique une gigantesque toile d'araignée composée de flux divers. Sa réussite économique a servi de modèle aux pays d'Asie du Sud-Est.

Le Japon occupe donc une position de leader dans l'aire Pacifique.

Le Japon est un géant économique et financier. Cette puissance s'explique grâce à un modèle productif original, tourné vers l'exportation.

II. LES FACTEURS DE LA PUISSANCE ECONOMIQUE

La puissance économique du Japon repose sur une population hautement qualifiée, une industrie tournée vers l'exportation et une organisation économique originale.

A La population et la société

1° - La démographie

a - L'évolution de la population depuis 1945 :

En 1945, le Japon comptait environ 70 millions d'habitants. Il perdit ses colonies et 6 millions de Japonais rentrèrent dans un pays ruiné où les Etats-Unis imposèrent une politique de limitation des naissances, car le taux de natalité y était très fort. Le Japon compte aujourd'hui 126,1 millions d'habitants.

b - Le pays de la plus forte longévité

La baisse de natalité a été rapide, elle est d'environ 10 pour mille aujourd'hui ; inversement, le taux de mortalité ne cesse de croître.

2° - Les japonais sont des urbains et vivent sur les côtes :

3° - La société japonaise

Pour comprendre la réussite économique du Japon, il faut savoir pourquoi sa société est cohérente : il existe un consensus autour de ses valeurs : on parle de "société consensuelle"...

a - Le confucianisme (voir article dans le dictionnaire Stella Maris) :

b - La famille et l'enfant

c - L'école :

4° - La population active

a - Répartition par secteurs :

65 millions de personnes. Elle est répartie de la manière suivante : Agriculture, pêche, forêt : 5,8% Mines, manufacture : 34% Commerces, services : 60,2%On notera qu'il y a insuffisance de la main-d'œuvre : pour 100 demandes d'embauche, le marché offre 150 postes... chaque année, 1 million d'emplois nouveaux sont créés !

b - Le salarié et son entreprise :

c - Les évolutions

B La puissance industrielle

1° - L'industrie japonaise : diversité et compétitivité.

a - La puissance de l'industrie :

Le Japon collectionne les meilleures places dans de nombreux secteurs : il est premier pour les constructions navales (plus de 40% de la production mondiale), pour la construction automobile et peut-être pour la sidérurgie (depuis le démantèlement de l'URSS) ; dans les secteurs de l'électronique, de l'informatique, des textiles synthétiques, il est premier ou deuxième.

b - Le déclin du textile traditionnel

c - L'industrie lourde : restructurations et maintien

Cependant, le Japon a retrouvé son premier rang, grâce à des constructions spécialisées (plate-formes, usines de dessalement de l'eau de mer). Autres atouts : flotte de pétroliers (1er rang mondial) et de méthaniers = compétitif dans les délais de livraison. Au total, c'est un secteur en crise (le cartel de producteur a baissé sa production de moitié et les exportations sont stabilisées).

d - A 2 ou à 4 roues, çà roule pour le Japon !

e - Les activités de la 3ème Révolution Industrielle :

~ construction électrique (télévisions, magnétoscopes : Sony, Hitashi, hi-fi, photo, caméscopes) et électronique (ordinateurs : 2e rang mondial : Fujitsu, Hitashi ; micro-informatique ; puces - en 1992, Toshiba s'est associé avec IBM et Siemens dans ce domaine qui est la base de l'informatique -, jeux vidéo - Nintendo -...), sans oublier la bureautique (photocopieurs Canon), les appareils de laboratoire...

~ robotique (1er rang mondial) : plus de 80 000 robots par an, destinés à l'aviation, à l'auto... Fujitsu, Hitashi... N : Fujitsu est la première entreprise à avoir construit une usine où les robots fabriquent des robots (1985).

~ aéronautique : fusées, satellites d'observation. En effet le Japon est une puissance spatiale et effectue un tir par an, une vingtaine au total. Les grandes firmes sont concernées par le programme spatial (Mitsubishi, Fujitsu, Hitashi, Kawasaki...

~ biotechnologies.

2° - Le système économique

Il faut distinguer les grandes sociétés, les compagnies de commerce (Sogo Shosha) et les PME.

a - Les keiretsu

Les grandes sociétés (Mitsui, Mitsubishi...) ont en commun : un support bancaire, une grande diversification d'activités industrielles (sidérurgie, chimie, électronique, automobile, constructions immobilières, loisirs, transports...), un vaste programme RD.

On appelle Kereitsu les concentrations verticales. Ce sont des groupes plus récents, plus spécialisés, comme les sociétés électroniques (Matsushita, Sony, Toshiba, Fujitsu...) ; l'automobile (Toyota, Nissan, Honda...). Ces groupes se sont également diversifiés (construction, loisirs...) et leur implantation à l'étranger est très dynamique. Certains grands groupes ont leur propre banque (Mitsubishi).

b - Les sogo shosha

Les Sogo Shosha sont des Maisons de Commerce qui servent d'intermédiaire dans les échanges commerciaux (N : les grands groupes possèdent leur propre Sogo Shosha, ex : Mitsubishi, Mitsui... : ) ; leur action s'est beaucoup développée au cours des dernières années. Elles couvrent plus de 50% des exportations, connaissent parfaitement les marchés extérieurs, prennent en charge le transport, l'entreposage, la distribution, la publicité, le recrutement et la formation de la main-d'œuvre, la création de filiales...

En sens inverse, elles apportent plus de 65% des produits achetés par les Japonais à l'étranger.

La majeur partie de leur chiffre d'affaire est réalisée en commerce intérieur.

c - Les petites et moyennes entreprises (PME)

Elles ont une part très importante. Elles garantissent l'équilibre et l'activité, grâce à la sous-traitance par exemple.

Elles représentent 81% des salariés (mais les salaires sont plus bas et le niveau de qualification moindre, malgré leurs progrès ; c'est dans ces PME que travaillent les immigrés).

Dynamiques, elles font un travail important en matière de recherche. Leur production, à forte valeur ajoutée, est soignée.

Enfin, elles prennent une part croissante dans les investissements japonais à l'étranger.

d - Autres originalités du système japonais :

ex : la Daï-Ichi Kangyo Bank, première banque du Japon et du monde, anime un conglomérat auquel participent 45 groupes industriels (dont Hitachi et Kawasaki).

3° - L'interventionnisme de l'Etat :

L'intervention de l'Etat ne remet pas en cause le libéralisme économique. Il s'agit d'un système économique efficace qui permet aux entreprises japonaises d'être très compétitives.

a - Il répartit entre les ministères spécialisés la direction des affaires :

b - Les autres fonctions organisationnelles

- il prend en charge certains services (transports, communication).

- il aménage le territoire en créant des pôles de recherche.

- il planifie (sans contraindre) le rythme de l'activité économique : enquêtes, rapports (JETRO et JICST).

4° - L'importance du budget "Recherche et Développement"

Avec 2,7% du PNB, le Japon est le premier pays du monde avec les Etats-Unis pour la part attribuée à la R. et D. (devant Allemagne, France, Royaume-Uni). Il y a 520 000 chercheurs. Instituts performants, travail acharné nécessaire pour réussir des études supérieures. Longtemps tributaire des brevets étrangers, le Japon a fini par se libérer de ces importations scientifiques (la balance est équilibrée : 300 milliards de yen dans chaque sens). Les centres de recherche : agences nationales, instituts liés aux universités (surtout les U privées qui ont des ressources considérables) = plus de 200 000 chercheurs. Les 260 000 autres appartiennent aux entreprises : toutes les entreprises importantes ont un secteur R.D., mais à présent, les PME entrent dans la course également. ! La frénésie d'expansion économique du japon, le dynamisme de la production et de l'exportation se heurtent néanmoins à des limites.

III LES LIMITES DE LA PUISSANCE

Grande puissance économique, le Japon ne peut néanmoins prétendre à une position de superpuissance.

A Les contraintes naturelles et le déséquilibre spatial

Les Japonais ont du s'adapter à un milieu contraignant et doivent faire face à un entassement des hommes et des activités.

1° - Un milieu naturel contraignant : les risques.

Le Japon subit les contraintes d'un milieu instable : archipel volcanique, le pays doit également faire face à de nombreux séismes. Les Japonais ont mis en place des mesures importantes pour surmonter ce danger : constructions para-sismiques, entraînement de la population… Rien ne favorise le pays : un archipel de 4 îles principales (Honshu, Kokkaido, Shikoku, Kyushu) et des milliers d'îlots (3 400) : on dit que le Japon est un arc insulaire. Au total, 377 619 km2 pour faire vivre 126,1 millions d'habitants (1999).

L'instabilité de ces îles est grande :

- nombreux séismes (5 000 vibrations annuelles, plus de 800 perceptibles par l'homme) : la population est entraînée, l'urbanisme adapté. ex : dans le Kantô, en 1923, un tremblement de terre de force 7,8 sur l'échelle de Richter détruit 700 000 habitants et tue 142 000 personnes ; une telle catastrophe aurait aujourd'hui des conséquences économiques terribles : on évoque souvent la nécessité de décentraliser une partie des services de la capitale... autre exemple : le shinkansen (" rapide comme une balle ", littéralement), l'équivalent du TGV japonais, qui relie Honshu et Kyushu, s'arrête plusieurs fois par an...)

- 265 volcans (dont 20 sont entrés en activité depuis 1900). ex : le volcan Unzen : se réveille en 1991. Le dernier réveil de ce volcan a eu lieu en 1792 : le 21 mai 1792, à la suite d'un tremblement de terre, le flan du volcan s'effondre. Des coulées de laves et des nuées ardentes s'abattirent sur la ville de Shimabara : 10 000 morts. Ces coulées atteignirent ensuite la mer et provoquèrent un tsunami : 5 000 morts...]

- des glissements de terrain.

- des raz de marée : souvent provoqués par des tremblements de terre sous-marins. Un objectif pour l'agence météo : prévenir la population avant 10 mn (objectif atteint en 1989). En 1984, en revanche, un événement a bouleversé le Japon :au mois d'avril, à la suite d'un tremblement de terre dans la mer du Japon, une grande vague déferle sur la plage de Akita, alors qu'une classe d'enfants pique-niquait sur le rivage...

- des typhons tropicaux : ils se succèdent du printemps à l'automne. trois ou quatre traversent le Japon chaque année. En 1990, le Typhon n°19 fait 32 morts.

- des inondations. Cependant, la plupart des villes japonaises sont construites sur des surfaces inondables (96% de la surface d'Osaka !)

2° - La littoralisation des hommes et des activités

La densité moyenne est de 331 h/km2, mais la population n'utilise que 1/6e du territoire, à cause de l'étendue des reliefs montagneux (les montagne et les forêts occupent 80% de la superficie). L'occupation humaine, mis à part quelques rares vallées, est rejetée vers les façades littorales (la plupart des plaines, qui ne représentent que 16% du territoire, sont côtières). La densité, ramenée à l'espace utile, passe ainsi à 2 000 h/km2 : c'est la plus forte du monde (France : 100 h/km2). Les activités économiques sont également concentrées sur une étroite bande côtière, du Kanto à l'île de Kyushu, et en particulier dans la mégalopole qui s'étend de Tokyo à Fukuoka (plus de 100 millions d'habitants). Cette situation entraîne d'importants problèmes : pollution, crise du logement, manque d'espaces verts. Cette concentration s'explique par l'histoire, les nécessités d'approvisionnement en matières premières et les contraintes du territoire. Les politiques de déconcentration des activités n'ont pas donné de réels résultats. L'occupation de l'archipel représente une victoire pour les hommes : la littoralisation impose des grands travaux : création de polders pour gagner sur la mer, construction de digues pour lutter contre les raz de marée (9 000 km de côtes sur les 30 000 km ont été aménagées).Il existe donc un énorme déséquilibre entre le "Japon Pacifique", très industrialisé et peuplé, et le reste du pays.

B La dépendance alimentaire et énergétique

Le Japon doit importer des produits alimentaires et la majeure partie de ses matières premières minérales et énergétiques. A peine un dixième du territoire japonais est mis en valeur pour l'agriculture. Les rendements sont élevés car l'agriculture est mécanisée, mais les exploitations sont petites (la moitié inférieures à 0,5 ha). De ce fait, le Japon ne produit que 67% de ses besoins alimentaire. De plus, l'autonomie agricole du Japon se dégrade : 71% aujourd'hui (90% dans les anées 60). La production et les importations ne suffisent d'ailleurs pas à nourrir la population : le Japon doit tirer une part importante de son alimentation de la mer : record de consommation des produits de la pêche. Le Japon assure 90% de sa consommation : c'est le premier producteur mondial ; mais c'est également le premier importateur mondial. Très pauvre en matières premières énergétiques, le Japon est dépendant à plus de 80% dans ce domaine. Il importe son pétrole du Moyen-Orient et d'Indonésie. Le développement du nucléaire et une politique d'économie d'énergie ont néanmoins permis de réduire cette facture. Enfin, le sous-sol du pays est très pauvre en minerais. Là encore, le Japon doit importer du minerai de fer d'Australie, du Brésil et de l'Inde. Cette dépendance en matières premières (plus de 70% des importations japonaises) explique la volonté du pays d'exporter des produits manufacturés à forte valeur ajoutée.

C Un modèle en crise ?

Jusqu'à la fin des années 1980, la confiance des Japonais reposait sur des valeurs traditionnelles fortes et sur sa réussite économique. La cohésion sociale du pays est aujourd'hui remise en cause : les jeunes contestent les valeurs traditionnelles et se tournent vers le modèle occidental ; la précarité de l'emploi se développe ; les écologistes dénoncent les risques que la modernité fait courir à l'environnement. De plus, depuis les attentats de la secte Aum et le séisme de Kobé, en 1995, la population doute que les autorités assurent sa sécurité. Cette crise sociale est renforcée par la récession que connaît le pays depuis le début des années 1990 : déficit budgétaire, chute de la Bourse, difficultés des banques, multiplication des plans de relance économique par les gouvernements japonais. Le Japon est au cœur de la crise qui frappe actuellement l'Asie de l'Est. Enfin, sur le plan international, le pays ne joue pas un rôle à la mesure de sa puissance économique. Malgré son armée très moderne, sa participation à certaines actions de l'ONU et sa revendication de disposer d'un siège au Conseil de sécurité, le Japon ne peut devenir une grande puissance militaire. Ces difficultés entraînent le désarroi d'une grande partie de la population et se traduisent sur le plan politique. Les Japonais ont longtemps pensé qu'ils avaient totalement surmonté les handicaps naturels et le manque de ressources du pays. Leur confiance reposait également sur la brillante réussite économique du pays. Aujourd'hui, cette confiance n'a pas disparu, mais laisse la place au doute.

Conclusion

Le Japon dispose d'atouts considérables et participe pleinement à la mondialisation des échanges. Troisième puissance commerciale, il accumule des excédents financiers qu'il investit dans le monde entier. Il se trouve au cœur de l'Asie Pacifique vers laquelle il développe son commerce et délocalise des entreprises. La crise financière et le malaise de la société japonaise actuels remettent certainement en cause la notion de "modèle japonais", mais n'entament pas la puissance économique du pays.